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L'un des aspects les plus sympas de la conception vidéo-ludique, c'est la création d'un nouvel univers. Les continents deviennent autant de pages blanches qui attendent d'être remplies. Le développeur a la tâche divine de façonner les chaînes de montagne, de créer les habitants et de leur inventer une histoire. C'est rare d'avoir la liberté de créer un monde de toute pièce. Mais avant de le remplir, ce monde a besoin d'un cadre, d'une idée de départ.

Je ne parle pas d'une grande idée, du genre « Imaginez un monde créé par les dieux serpents », ou « Imaginez un monde où les elfes existent ! ». Ce sont d'excellentes idées de départ, mais on peut commencer plus petit. Votre monde existe pour raconter une histoire. Dans un jeu vidéo, l'histoire est racontée par les actions du joueur. Il faut donc lui donner un cadre et une toile de fond qui l'inspire et qui correspond à l'expérience de jeu que vous souhaitez lui faire connaître. Ensuite, il ne reste plus qu'à remplir la toile et à ajouter les détails.

Un vrai champignon parasite qui contrôle le cerveau des fourmis, avant de sortir de leur crâne : génial !

« Imaginez un monde d'elfes ! » D'accord, et ensuite ? En quoi cela va-t-il avoir un effet sur le jeu ? Si les elfes sont simplement des PNJ avec de jolis rubans tout droit sortis d'une pièce de Shakespeare, les effets seront sans doute négligeables.

Alors précisons un peu les choses : « Imaginez un monde d'elfes qui attaquent férocement tous les humains qui osent s'aventurer dans la forêt. » Imaginez ensuite le fils d'un bûcheron, obligé d'aller chercher le corps de son père dans cette forêt. Un groupe d'elfes hostiles forment soudain la toile de fond de cette histoire.

Le problème avec les elfes, c'est que ce n'est pas original. Les elfes ont déjà été utilisés à toutes les sauces : gentils, méchants, bleus, persécutés, mystérieux, et j'en passe. On a eu droit aux elfes de l'espace, des bois, de la ville, de la nuit, du noir, aux elfes géants, nains, pieuvre… Je parie qu'on les a même faits sans oreilles pointus, c'est dire !

On peut faire mieux que du recyclage d'elfes. Il est conseillé de ne pas toucher aux elfes, ni aux orcs d'ailleurs, ou aux marines, ou aux dieux anciens et autres lieux communs.

En deux mots : Regardez autour de vous ! N'allez pas chercher dans les livres ou les autres jeux. Quand je crée un monde fictif, je pars d'une idée ou d'une idéologie du monde réel, aussi anecdotique soit-elle. Par exemple, j'ai vu un jour à la télé une émission sur les Ophiocordycipitaceae, qui a sûrement laissé le million de téléspectateurs aussi horrifiés que moi.

Ce parasite est un champignon qui infecte le cerveau d'une fourmi. La fourmi infectée se met alors à se comporter bizarrement (pour une fourmi). Elle bouge et tremble bizarrement, et apparaît clairement malade. La fourmi malade et contrôlée par le champignon grimpe alors sur une plante. Lorsqu'elle ne peut plus aller plus haut, elle plante ses pinces dans la plante et se fixe ainsi à la tige. Puis, summum de l'horreur, le champignon perce le crâne de la pauvre fourmi et libère ainsi ses spores qui vont infecter d'autres plantes et d'autres fourmis et ainsi de suite.

Le champignon s'échappe
de son crâne.... Pouf !

Un vrai champignon parasite qui contrôle le cerveau des fourmis, avant de sortir de leur crâne : génial !. Imaginez ça chez les humains !

Allons-y ! Voici l'idée de départ : les spores se diffusent dans l'air, les infectés grimpent en haut d'un pic pour les disséminer le plus largement possible et le champignon se libère du crâne en le perçant.

Un humain infecté sort en titubant sur le toit d'un immeuble. Le corps parcouru de tremblements, il s'avance vers le bord. En contrebas, on distingue la ville, tandis que sur les hauteurs et les toits alentours on aperçoit d'autres silhouettes. Le champignon s'échappe de son crâne... Pouf ! Il se répand lentement, recouvrant son corps d'une couche de spores. Nous savons que la ville est maintenant condamnée. Dans quelques heures, les milliers d'habitants qui auront respiré les spores, seront pris d'une envie irrésistible de s'élever le plus haut possible…

À quoi ressemblerait ce monde ? Un seul individu infecté pourrait décimer toute une ville en un clin d'œil. L'une après l'autre, les villes sont enveloppées d'un nuage dense de spores, créant ainsi un paysage étrange et singulier.

Les survivants iraient se réfugier dans la campagne. Mais le vent pouvant transporter les spores sur de longues distances, même à la campagne, les survivants vivraient dans la terreur. Au moindre signe de fièvre, ils se verraient enfermés. Des rangers parcourraient les terres, à l'affût du moindre signe d'infection dans la faune et la flore locale.

Et qui se verrait confier le rôle de ranger ? Notre joueur bien sûr ! C'est à l'orphelin, le solitaire de la communauté, que revient la mission la plus dangereuse : protéger la communauté.

C'est un monde simple : le champignon parasite a condamné les populations du monde à une existence rurale, dans la peur constante de l'infection.

D'accord, le thème post-acopalyptique est loin d'être original pour un jeu. Un univers de fin du monde, suite à une catastrophe naturelle ou humaine, dont les habitants doivent lutter pour survivre, on connaît ! Mais c'est le cheminement qui compte.

J'aurais très bien pu prendre cette direction dès le départ et me lancer dans l'écriture d'une histoire d'horreur post-apocalyptique. Au lieu de cela, je suis simplement parti d'un simple documentaire animalier. Même si le résultat est le même au final, je trouve qu'il est toujours plus intéressant de savoir exactement d'où on part.

Mod Crispy
Développeur FunOrb


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